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mercredi 21 février 2007, 21h20
CONAKRY (AFP) - Le bras de fer se poursuivait mercredi en Guinée entre les syndicats, qui maintiennent depuis le 10 janvier une grève générale, et les autorités qui ont menacé de prolonger un état de siège décidé le 12 février par le président Lansana Conté pour faire taire la contestation. L'activité économique du pays restait totalement paralysée mercredi par la grève générale illimitée lancée pour exiger un changement à la tête de l'Etat et marquée par des manifestations sévèrement réprimées qui ont fait au moins 113 morts.
En réponse, le président Conté, au pouvoir depuis 23 ans, a décrété un état de siège accordant de nombreux pouvoirs à l'armée, qui est parvenue à rétablir un calme précaire depuis plusieurs jours. Mercredi, après l'échec de plusieurs concertations avec les syndicats, qui continuent à rejeter la nomination du Premier ministre Eugène Camara, le président de l'Assemblée nationale Aboubacar Somparé a brandi la menace d'une prolongation de l'état de siège, pourtant censé prendre fin vendredi.
"Si la grève est levée, nous ne prolongerons pas l'état de siège, mais si elle n'est pas levée, nous le prolongerons pour préserver la sécurité" dans le pays, a déclaré M. Somparé, sans préciser la durée de cette éventuelle prolongation. Un communiqué du bureau de l'Assemblée publié mercredi a appelé les députés à participer à une session plénière vendredi pour évoquer la question. Le Parti de l'unité et du progrès (PUP) du président Conté est largement majoritaire dans l'hémicicle avec 90 députés sur 114. En réponse à cet ultimatum, les syndicats ont réitéré leur refus de lever leur mot d'ordre, lancé le 10 janvier et réactivé le 12 février, tant qu'ils n'auront pas obtenu le remplacement du Premier ministre, jugé trop proche du chef de l'Etat, ainsi que la levée de l'état de siège. "Nous ne lèverons pas le mot d'ordre de grève tant qu'il y aura l'état de siège. Ils n'ont qu'à le prolonger, de toutes façons c'est l'état de siège qui paralyse le pays", a déclaré Ibrahima Fofana, secrétaire général de l'Union nationale des travailleurs de Guinée (USTG). "Il est clair qu'ils ne veulent pas appliquer le protocole d'accord (signé le 27 février entre syndicats et autorités) et nommer un nouveau Premier ministre", a encore estimé M. Fofana. Les syndicats considèrent que l'entrée en fonction du nouveau chef du gouvernement a violé l'accord du 27 janvier, qui prévoit notamment la nomination d'un chef de gouvernement de consensus. Après plusieurs jours de blocage, les syndicats à l'initiative de la contestation avaient renoué le contact avec les autorités par deux rencontres "de concertation" tenues mardi et mercredi matin. Selon le porte-parole de l'USTG Ousmane Souaré, les représentants du régime ont tenté, sans succès, de faire accepter aux syndicats le maintien à son poste de M. Camara. De son côté, Mamadou Bâ, porte-parole de 14 partis d'opposition soutenant la démarche des syndicats, a estimé qu'"une prolongation de l'état de siège serait une preuve du refus de dialogue de Conté, qui semble ainsi choisir la méthode forte". Dans un communiqué publié à Monrovia, la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, a annoncé avoir "dit au président de Guinée qu'il doit écouter les syndicats pour que la situation ne s'aggrave pas", au lendemain d'une brève visite à Conakry. La Guinée s'est par ailleurs officiellement plainte auprès du gouvernement du Liberia voisin à propos "du recrutement de mercenaires libériens dans la crise guinéenne", a déclaré l'ambassadeur de Guinée à Monrovia Abdoulaye Doré. "Nous ne disposons pas de preuves mais sur la base de tous les éléments en notre possession nous pensons que des mercenaires libériens ont été recrutés par un dirigeant de l'opposition en Guinée pour renverser le gouvernement", a poursuivi le diplomate, sans nommer cet opposant.
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